Le château


Le château et ses occupants au cours des siècles.

 (Les développements qui suivent s’appuient
 sur les recherches et documents de R. Sédillot.)

Au fond de la vallée, près du bief et du pont, entouré de ses douves,
le château de La Selle sur le Bied appelle le regard sur sa silhouette classique.

Au Moyen Age, on trouve à La Celle des fiefs dépendant de l’Abbé de Ferrières.
Selon certaines sources, un château aurait existé dès les années 1360,
aux mains des Anglais qui occupaient Chantecoq.
Duguesclin aurait acheté leur départ (D’après Paul Gache).
Avant cette période, rien ne permet de supposer l’existence d’un manoir féodal ; un château plus ancien,
dont la fonction aurait été principalement militaire n’aurait pas été construit en un point bas.

Le blason de la Commune de La Selle sur le Bied, créé en 1931,
a incorporé les armoiries d’un seigneur du XIIème siècle,
un certain Henri de La Celle, dont on ne sait rien (mais s’agit-il bien de La Selle sur le Bied ?).

Au XVème siècle, l’existence d’un château est établie.
Il est sans doute d’apparence féodale mais n’a plus de vocation défensive réelle.
Il est cependant doté de douves avec un pont-levis allant directement à la ferme.
De ce pont-levis, il ne reste rien aujourd’hui.

S’agissant des occupants, fin XVème, c’est un certain Guillaume de Rieux
qui serait seigneur de La Celle (D’après Paul Gache).

Début XVIIème, un de Randal est seigneur de la Celle, de Caubert et de Grammont.
Puis on trouve trace de messire Jean Pierre Taquet, vicomte de Corbeil,
seigneur de Tigery, surintendant de la maison de Marie de Médicis.
En 1637, la veuve de Jean Pierre Taquet, Anne de Saulx de Tavannes est châtellaine.
Elle vendra en 1641 à Richard Petit, chevalier et maître d’hôtel de Louis XIII, puis secrétaire du Roi.
Le prix était de 17500 livres.
Richard Petit fait acte de foi et hommage à l’Abbé commendataire de Ferrières
(c’est l’évêque de Chalons à l’époque) et lui paie un droit de mutation de 4200 livres.

Richard Petit fait abattre la bâtisse médiévale et construit, dans les années 1640, le château actuel.
C’est un petit manoir avec deux pavillons et un corps de logis central sans le premier étage,
porche ouvert pour le passage des voitures à cheval,
perrons perpendiculaires à la façade et non parallèles comme aujourd’hui.
Les murs sont en pierre, chênage en brique, selon le mode de construction en vogue à Paris.
La rivière coulait au milieu de la prairie ;
elle est canalisée à ce moment et alimente les douves qui forment
un carré autour du château et débouchent sur un moulin.

Sur la façade sud, sur l’encadrement en pierres de tailles des portes d’entrée des pavillons,
de même que sur les deux montants du portail nord, on remarque de curieux motifs sculptés en-bas relief.
Il s’agit probablement de remplois, d’origine inconnue,
dont la nature et la signification demeurent mystérieuses.

Richard Petit meurt en 1661et est inhumé dans le chœur de l’église. Le château passe à son fils,
Charles Petit, qui est aussi seigneur de Louzouër.
Il avait épousé Françoise Hébert,amie intime de
Jeanne Marie Bouviers de La Mothe, épouse de Jacques Guyon du Chesnoy ;
il est donc probable que celle-ci, qui était Montargoise, soit venue au château.

Mme Guyon a joué un rôle dans l’histoire politico-religieuse de la France. Amie de Fénelon,
elle professait une interprétation du catholicisme très personnelle et très mystique, le quiétisme.
Bien que cette doctrine soit fort éloignée de l’inquiétude et de la rigueur janséniste,
Jeanne Marie Guyon n’était pas en odeur de sainteté dans l’entourage royal et s’était attiré l’hostilité de Bossuet.
Elle exerça une grande influence sur les intellectuels.

En 1664, Charles Petit prend le titre de comte de La Celle, titre confirmé par Louis XIV en 1694.
Il a droit de haute, moyenne et basse justice, aux honneurs dans les églises du comté :
eau bénite, banc seigneurial, encensement au Magnificat. Au prône, le curé ajoutait :
nous prierons aujourd’hui pour le haut et puissant messire Charles Petit et que Dieu nous le garde.
Un pont spécial reliait le château et l’église avec une clef particulière.

Le comte avait droit de voirie, police des chemins, des droits fiscaux et le monopole de certaines activités.
Nul ne pouvait pratiquer la boucherie sans être agréé par le seigneur
qui percevait une redevance et se réservait toutes les langues de bovins.
A Saint Loup qui, à l’époque, appartenait au seigneur de La Celle,
il fallait aussi l’autorisation du duc d’Orléans qui percevait la moitié des droits (mais pas de langues!).
Cela donne une idée de la complexité sous l’Ancien Régime : la loi était différente d’un endroit à l’autre.

Le comte avait aussi l’exclusivité du droit de chasse, de pêche et de pigeonnier.

Il meurt à Paris en 1672, et est inhumé à Saint Eustache. Sa fille, enfant, reste sous la tutelle de sa mère.
Elle épousera le seigneur de Préval qui prendra, lui aussi, le titre de comte de La Celle.
Il vendra son comté à la comtesse d’Aquin. Le comte d’Aquin, un officier,
est un lointain descendant d’une illustre famille, qui comprend Saint Thomas,
originaire de l’Italie du Sud, au service de Frédéric II Hohenstaufen,
montée vers le nord à la fin du Moyen Age et ayant suivi Marie de Médicis en France
(Le Saint Empire Romain Germanique. Rapp. Ed. Tallandier Francis. 2000.).

La Celle passe à Marguerite Octavie de Recqueleyne-Graslin, épouse Dupuy de Digny. Elle
a deux filles. La seconde, Marie, épousera le marquis Eustache du Deffand, seigneur de Saint Phal.
En 1763 naît leur fille unique, Adélaïde. En 1769,
Marie du Deffand devient comtesse de La Celle mais continue à habiter au château de Saint Phal à Courtenay.
Adélaïde épouse le comte de Bethisy, un militaire. Il est commandant à Toulon en 1789.

En 1785, Marie du Deffand meurt et le comté passe à sa fille, la comtesse de Bethisy.
Son administration est confiée à Jean Christophe Magniez, homme de confiance du comte.

Bethisy, en 1791, passe à l’armée de Condé, contre révolutionnaire.
En 1791, le château est aux mains de Magniez :
La Nation le lui vend comme bien national. Une papeterie est installée dans le château ;
elle fonctionnait avec des cylindres anglais et consommait 250 kgs de chiffons par jour,
produisait du papier pour les affiches roses, bleues, du carton… En 1800,
elle fabriquait également du papier destiné à faire des timbres.
24 ouvriers en 1812 ; 34 en 1819.

Vers 1835, le château est acheté par Alexandre Pelletier, notaire à La Selle qui y installe son étude.
Sa fille Amanda épouse Amédée Perrier, également notaire à La Selle.

En 19O6, à la mort d’Amédée, le château revient à son fils, Alexandre Perrier, procureur à Montargis.
Il entreprend de gros travaux, relève la charpente, ajoute un étage au milieu, ferme
le porche, transforme les perrons qui deviennent parallèles à la façade. En 1935, il laisse l’usufruit à sa veuve.
Celle-ci meurt en 194O sans héritier direct. Par testament, le château est légué à la Commune
pour en faire un asile de vieillards indigents et, en cas d’inexécution,
à sa cousine Irma Duché, petite fille d’Alexandre Pelletier.

Le château est pillé durant l’exode, de même que par les Allemands.
En effet, en 1940, il est occupé par une unité allemande.

Il sert, durant quelques années, à héberger une personne âgée, indigente, de la Commune
et accueille brièvement les enfants de La Selle sur le Bied durant
les travaux nécessaires pour la réfection des écoles.

Puis, la clause du testament n’ayant pas été respectée, le château revient, par décision judiciaire,
à Gabrièle Duché, épouse de Henri Sédillot. René Sédillot hérite de la propriété.

En 1963, André Malraux, Ministre de la Culture, à l’invitation de René Sédillot, visite le château et l’église.

A la fin du XXème siècle, des bâtiments de la ferme jouxtant le château,
qui semblent avoir constitué les écuries et autres communs, très délabrés, disparaissent.

Le château de La Selle sur le Bied est un monument protégé, inscrit pour la plus grande partie,
à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.


La cave de la ferme du château. (1)

Il s’agit d’une cave voûtée à la romane, sur voûtes d’arêtes avec des clefs de voûte.
Pas très spectaculaire mais très ancienne : XIème, début XIIème.
Elle mérite le coup d’oeil pour son ancienneté ;
c’est à l’évidence l’élément construit le plus ancien de la Commune.
Il s’agit probablement d’une cave du prieuré initial.

(1) Bulletin de la Société d’Emulation de Montargis, N° 103.
Etude détaillée de Jeanine Ben Amor.




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